Qu’est-ce qui compte vraiment quand on s’apprête à faire sa première rentrée en maternelle ? Les listes, la logistique, la préparation… Voilà ce qui vient à l’esprit, tout comme le souci d’offrir un accueil digne de ce nom aux enfants et à leurs parents. Le début d’année, c’est une ruche : récupérer la liste d’élèves, ouvrir grand les fenêtres pour aérer, organiser la classe, préparer le matériel, coller les prénoms sur les portemanteaux, plastifier les étiquettes, multiplier les photocopies des coloriages d’accueil, sortir le carnet tout neuf pour les notes, imprimer les infos pour les familles, accrocher le planning de cantine, prévoir de quoi gérer les petits accidents… la liste s’allonge encore.
Prenez ce carnet : le fameux carnet de rentrée que vous gardez en poche. Il devient votre mémoire vive, prêt à recueillir au vol l’information que les parents vous glissent avant de vous confier leur enfant. Qui viendra le chercher ? Quelles particularités faut-il noter ? Année après année, ce ballet d’organisation se répète. Peu importe l’expérience, la rentrée reste un tourbillon d’obligations.
Tout ce travail matériel s’impose, il n’y a pas d’échappatoire. Pourtant, il arrive que cette agitation détourne de l’essentiel : ce qui se joue le jour même où la porte s’ouvre, où la classe prend vie avec les enfants et leurs familles.
Accueillir, écouter, rassurer : voilà le vrai défi du début d’année. L’enfant découvre un nouvel univers, les parents aussi. Pour que chacun s’approprie ce lieu, il faut que l’enfant se sente attendu, reconnu, rassuré. L’adulte qui accompagne doit, lui aussi, trouver confiance dans l’équipe. Lorsque les parents doutent ou s’inquiètent, l’enfant le ressent, et la séparation peut devenir difficile, parfois même se solder par des larmes ou un refus d’entrer.
Préparer les premières journées, c’est donc choisir des activités qui rassurent par leur familiarité (puzzles, coloriages, jeux de construction, pâte à modeler…) mais aussi proposer des nouveautés qui éveillent la curiosité. Chaque accueil doit être personnalisé : se mettre à la hauteur de l’enfant, lui dire son prénom, échanger quelques mots, l’inviter à explorer la classe, à retrouver ses camarades ou à en découvrir de nouveaux.
Avec les parents, la démarche est tout aussi concrète : se présenter, présenter l’Atsem, demander quand ils reviendront, expliquer le fonctionnement de la cantine et de la garderie, montrer où tout se passe. Prendre le temps de noter ce qu’ils disent prouve que leur parole compte. Si un parent partage une information délicate, on peut lui proposer un rendez-vous pour en discuter à l’écart.
L’enfant doit pouvoir s’approprier l’espace. Avec l’équipe, il est possible de décorer ensemble l’entrée ou les couloirs. Inscrire le prénom de chaque élève sur un portemanteau, par ordre alphabétique de préférence, facilite le repérage. Proposer aux enfants de placer leur prénom sur le tableau chaque matin, leur montrer où sont les toilettes, la salle de sieste, la cour… tout cela compte. Pour les nouveaux, une visite guidée, si possible avec les parents, peut faire toute la différence. Inviter les parents à accompagner leur enfant aux toilettes avant d’entrer rassure autant l’enfant que le parent.
La séparation ne doit jamais se faire à la dérobée. Demander aux parents de dire au revoir, d’expliquer qu’ils reviendront pour le déjeuner ou en fin de journée, reste indispensable, même pour ceux qui connaissent déjà la routine. Un rapide aperçu du déroulé de la journée peut aussi aider à apaiser les craintes.
Pensez à demander l’autorisation de photographier l’enfant pour les activités de classe. Avec l’accord des familles, une photo dans les bras de ses parents pourra ouvrir le livre de vie de l’élève. Privilégiez l’usage d’une tablette ou d’un appareil photo dédié, pas de l’ordinateur portable personnel, pour des raisons de sécurité et de respect du RGPD.
Si un enfant s’agite, crie, ou lance du matériel devant ses parents, il faut poser le cadre immédiatement. Se mettre à sa hauteur, lui expliquer calmement mais fermement les règles, l’aider à ranger si besoin, sans tout faire à sa place. Cette attitude rassure les parents et ancre d’emblée le climat de confiance.
Les pleurs font partie du décor : certains enfants craquent dès la première minute, d’autres attendent le lendemain. Généralement, la tension retombe vite quand les parents sont partis, mais il ne faut jamais laisser un enfant pleurer seul. On propose alors une activité, une lecture, une chanson, un jeu… parfois, un simple tour de la classe main dans la main suffit à apaiser les larmes. Même l’édredon peut devenir un allié précieux. L’équilibre émotionnel est aussi fondamental que la sécurité physique, et la présence attentive de l’adulte change tout.
Quand la porte se referme et que la classe se retrouve entre elle, installez-vous dans le coin regroupement. Un chant, une comptine, quelques jeux de doigts, une présentation rapide de l’Atsem et du déroulé de la journée : tout cela crée un cadre rassurant. On n’y passe pas des heures, mais on prend le temps de saluer chacun, de mémoriser les prénoms, de raconter une histoire adaptée à l’âge. Pour les plus jeunes, il vaut mieux privilégier des récits proches de leur expérience.
Après ce temps collectif, place à la motricité ou aux ateliers libres : jeux symboliques, pâte à modeler, perles, jeux de construction, coloriages… L’objectif : instaurer une relation avec chaque enfant, observer, dialoguer, partager le jeu. Ce moment est aussi propice à travailler la langue dans toutes ses dimensions. Les règles de la vie de classe sont rappelées uniquement lorsque c’est nécessaire, notamment pour garantir la sécurité ou le respect du matériel. Attention aux plus petits, qui explorent parfois tout avec la bouche : on veille, on adapte. Et pour éviter les blocages, autant différer les activités très salissantes comme la peinture, qui peuvent angoisser certains enfants.
La cour de récréation, sur les premiers jours, mérite une attention particulière. Même en dehors de votre temps de surveillance, il est précieux d’être présent. Les nouveaux élèves n’ont pas encore de repères, ils ont besoin de vous reconnaître. Certains demanderont à rester près de vous avant d’oser s’aventurer vers les jeux. On les accompagne, puis on les encourage à explorer, sans jamais les forcer.
Pour les très jeunes (TPS, PS), la notion de groupe reste abstraite. Inutile de chercher à les intégrer de force à un collectif : leur proposer tricycles, seaux, matériel de jardin leur permet de jouer seuls s’ils le souhaitent. Parfois, organiser une récréation à effectif réduit évite les bousculades et les pleurs liés à la présence des plus grands. Il est aussi envisageable de séparer la cour en deux espaces : un coin paisible pour ceux qui en ont besoin, un autre pour se dépenser.
Le port du masque ajoute une difficulté inattendue. Montrer son visage, même brièvement, rassure les enfants et les parents. Les tout-petits, parfois encore très attachés à leur univers familial, peuvent être déstabilisés par ce visage masqué. Dès que possible, se découvrir, même quelques secondes, ou utiliser un masque transparent, aide à établir le lien, à laisser passer un sourire, à permettre aux enfants de lire sur les lèvres et de reconnaître la personne qui les accueille.
Au fil de la journée, la fatigue s’installe vite, pour les enfants comme pour les adultes. Il faut donc alterner les temps calmes et les activités motrices, proposer régulièrement des pauses : comptines, histoires, musique, jeux tranquilles. Dès que la tension monte, changer de rythme ou d’activité s’impose. Après deux mois loin de l’école, les MS et GS ont besoin de quelques jours pour retrouver leurs marques et la capacité à se concentrer.
Arrive alors le moment où la journée s’achève, souvent plus vite qu’on ne l’imagine. Et, avec elle, la sensation d’avoir posé les jalons d’une aventure collective qui ne fait que commencer.
Rachel Harrent
Rachel Harent,Premiers pas à la maternelle, Canopy et cahiers pédagogiques, 2020. Professeur d’école et autrice de Getting Started in Kindergarten Photographies : Rachel Harent Sur la librairie :
Commencer la maternelle, que l’on soit stagiaire, nouvellement titularisé ou enseignant chevronné, soulève une foule de questions : comment accueillir les élèves et leurs familles ? Comment organiser la classe, collaborer avec l’ATSEM, lancer des projets, travailler en équipe ? Quelles sont les bases de la pédagogie en maternelle ?
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